Ton âme est un chemin. E.Godot

26 janvier 2025

Cet ouvrage se présente comme une riche vulgarisation de la Divine Comédie et une belle opportunité de parcourir ce chemin de l’âme à travers l’enfer, le purgatoire et le paradis.

Il ne s’agit donc pas d’un traité de théologie mais d’un véritable pèlerinage intérieur en compagnie de Dante, qui partage son expérience d’un pécheur ordinaire, mais qui a reçu comme une mission divine d’alerter ses contemporains, et au delà tout homme, sur ses choix de vie et sur leurs tragiques conséquences.

L’auteur, en bon professeur qu’il est, introduit dans le récit un dialogue avec sa fille, ce qui permet de répondre à ses - nos (!) - questions, notamment celles concernant les nombreux personnages de l’histoire contemporaine de Dante que ce dernier évoque au cours de son voyage, ou sur les non moins nombreuses figures mythologiques ou bibliques qui traversent également la Divine Comédie.

Cependant la première question qui est posée est : pourquoi est ce Virgile qui est le guide de Dante et pourquoi surtout ce dernier commence t il par entraîner son disciple en enfer …

Virgile - qui connaît les enfers pour y être descendu en écrivant l’Enéide - est un poète qui comme tel jouit d’une forme d’intuition de la vérité …Il incarne par conséquent la sagesse de ceux qui n’ont pas connu le Christ, mais à leur manière sont déjà les prophètes qui préparent sa venue.

Il explique à Dante pourquoi il l’entraîne d’abord en enfer :

Pour te sauver de ta nuit, je vais te conduire au plus profond des ténèbres parce que tant que tu te feras des illusions sur le mal, tu ne pourras t’en défaire, car ce mal tu le portes en toi.

Et là on est servi !!

Le poète oblige son lecteur à un face-à-face éprouvant avec la déformation que le mal fait subir à l’âme humaine : On voit des visages distordus, des corps se déformer sous l’action des serpents, des dragons. C’est l’image de l’homme qui a rompu le lien de ressemblance avec son créateur et dont l’unité se disloque .

Sa difformité est la marque visible de la monstruosité de son âme.

Ainsi on y voit les gourmands patauger dans une boue pestilentielle, on y croise des figures mythologiques terrifiantes Mégère, Minotaure qui personnifient la colère… et ainsi de suite pour chaque péché capital…

Le châtiment est en définitive la peinture du vice qui l’a causé : les damnés sont punis par là où ils ont péché.

Enfin on y rencontre des damnés qui, après avoir été mordus par un monstre, tombent en cendre et renaissent indéfiniment tels un phœnix…châtiment allégorique d’une vie qui se consume en vain, mouvement absurde qui peint l’égarement d’une humanité qui vit et meurt sans savoir pourquoi…

Nous voilà arrivés ensuite au Purgaoire dont l’axe de forme conique - contrairement à celui de l’enfer qui est fermé - s’ouvre sur le ciel …Ainsi placée sous le signe de l’espérance du salut, l’âme est conduite de la reconnaissance du mal au désir de libération.

On quitte l’absurdité d’un temps coupé de Dieu qui s’écoule inconsistant pour un temps qui a déjà le visage de l’éternité…

On quitte l’ombre d’une forêt psychédélique pour atterrir au pied d’une montagne à gravir…vers la lumière .

On visualise ainsi l’effort d’ascension dans l’élévation spirituelle, par la purification et le détachement des biens humains, au profit de réalités spirituelles supérieures .

C’est donc un chemin de libération que l’âme va entreprendre notamment des 7 péchés capitaux ( déjà rencontrés précédemment ) mais contrairement aux peines de l’enfer, où les pécheurs étaient punis par là où ils avaient péché , la purgation n’est pas un châtiment… mais l’antidote dont le pèlerin doit s’armer pour combattre le péché.

Ainsi l’orgueil sera purifié par l’humilité, l’envie par la charité en particulier la compassion, la colère par la douceur, l’avarice ou la prodigalité par la générosité et la justice, la gourmandise par la tempérance, la luxure par la pureté etc…

L’acédie, ce lent amour dont souffre les indolents , ceux qui ne désirent pas le mal, mais désirent mal le bien, ne se donnant pas par conséquent les moyens de l’atteindre, sera remplacée au fil de l’ascension par l’ardeur de ce désir d’autant plus que la lumière se fera de plus en plus proche.

Arrivés enfin aux portes du Paradis, Virgile cède alors sa place de guide à Beatrice…

En effet la bien aimée de Dante déjà au Paradis, se trouvait de ce fait beaucoup trop éloignée de son pécheur d’amant pour l’accompagner dans les étapes précédentes de son pèlerinage …

Mais maintenant qu’il est purifié, il peut accéder au message qu’elle veut lui délivrer 

Ce n’est pas elle qu’il faut contempler mais la source de toute beauté en elle.

Ce n’est pas elle qu’il faut désirer mais la source de tout amour : Dieu Lui même.

Ainsi l’amour qu’il lui porte doit être transfiguré, de l’éros vers l’agape .

Sa progression - qui était avant une ascension laborieuse - devient alors un véritable envol à la vitesse d’une flèche dont le désir est tellement épuré qu’il est pressé d’atteindre son but .

Et plus il progresse plus la beauté de Béatrice devient lumineuse, plus la lumière se fait intense, plus les chants des anges dilatent sa joie.

Et comme son cœur est comblé d’amour, son intelligence est comblée par le vrai qui l’éclaire en une vision parfaite.

L’exaltation mystique qu’est la compréhension du mystère engendre en effet une joie ineffable.

Ainsi la poésie de Dante atteint-elle une dimension sacrée et exprime l’éblouissante jeunesse du Dieu éternel :

Et je vis une lumière en forme de rivière resplendissante comme l’or, entre deux rives peintes d’un merveilleux printemps…

En somme le paradis est comme une remontée à la source, rappelant la promesse donc chaque homme est le nom : chaque lecteur de la divine comédie est ainsi renvoyé à ce désir de connaissance du mystère qui le fait homme.